Chers Amis,
Il nous faut éviter de distribuer ce genre d'imbécillité que des journalistes étrangers en mal de sensationnalisme sortent à tout bout de champs, chaque fois qu'ils sont en panne d'inspiration. Comment peut on prétendre que pour une certaine catégorie d'haïtiens "le séisme du 12 janvier et le chaos qui a suivi sont passés inaperçus." C'est une méchante stupidité. C'est l'œuvre de quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds en Haïti, qui n'a aucune idée de ce qu'était Haïti, de ce qui s'est passé en Haïti le 12 Janvier et de ce qui se passe en Haïti depuis cette catastrophe qui nous a frappé.
Moi, Lesly Alphonse, j'ai toujours été sur place, je suis sur place et je resterai sur place. Donc je me fais le devoir de rétablir la vérité et de combattre ce genre de propagandes mensongères qui n'ont aucun sens.
Haïti est effectivement classé comme le pays le plus pauvre de la zone. Ce qui est probablement vrai. Mais est-ce que cela veut dire qu'il ne devrait pas exister de supermarché en Haïti? Que personne ne devrait manger des bonbons d'Europe, du fromage ou boire du bon vin? Est-ce qu'en Haïti, acheter et lire des "revues contenant des recettes de cuisine pour maigrir" devrait être interdit. Dans on ignorance crasse et sonore, comme dirait le professeur de latin Franck Saint-Victor, de regrettée mémoire, ce journaleux a illustré son article avec la photo de quelques marchandes paysannes étalant leurs superbes fruits et légumes. Ne sait-il pas que ces dames aussi, sont une élite haïtienne. Ces fruits et légumes sont-ils trop beaux pour être vendus en Haïti?
Moi, Lesly Alphonse, Notaire à Pétion-Ville, consommateur de fromage et d'huile d'olive italienne, propriétaire de maison perchée sur les hauteurs de Pétion-Ville, j'étais jusqu'à 3 heures du matin, dans la nuit du 12 au 13 janvier, au local de l'Université de Port-au-Prince, à la Ruelle Rivière, à livrer un combat acharné pour tirer des griffes de la mort, des étudiants pris sous les décombres. J'ai même été rejoint sur ce champ de bataille par notre ami Gérald Bastien, qui peut en témoigner. Plusieurs membres de cette élite dont il parle en ont fait autant et ont mis spontanément à la disposition des sinistrés, leurs cours, leurs parkings, leurs propriétés. Ils étaient dans les rues comme tout le monde, essayant de sauver quelques vies, de-ci, de-là. Les gens dont parle cet idiot ont perdu leurs maisons, leurs entreprises, leurs magasins et qui pis est, leurs femmes, leurs maris, leurs enfants et leurs parents comme tout le monde. Ils ont couché à la belle étoile comme tout le monde.
Juste à titre d'exemple parmi tant d'autres. L'Hôtel Montana, un complexe de dizaines de millions de dollars a disparu corps et biens et ses propriétaires ont été extraits des décombres y laissant d'ailleurs plusieurs membres de leur famille.
Je connais personnellement ce Moussa Aballa Nahra, le propriétaire syrien de Royal Market. C'est un Monsieur qui commence à travailler dès 5 heures du matin pour ne s'arrêter qu'aux environs de 10 heures du soir. C'est un excellent professeur de cette matière combien éliminatoire qu'on appelle "le travail". J'exige le respect pour cet homme. Lui, entre autres, peut et doit être cité en exemple sur ce point à notre jeunesse. Ne permettons pas à un macaque, fut-il de l'AFP, de le traîner dans la boue ni de le ridiculiser.
D'ailleurs, chers amis, nous devons bien comprendre que certaines personnes de l'international, ont des intérêts inavoués dans ce genre de campagne de dénigrement. Elles veulent contester à notre pays le droit d'avoir une élite. L'idéal pour eux serait que tous les haïtiens indistinctement soient des crève-la-faim. Il ne doit pas être possible pour un haïtien de réussir en Haïti. Le rêve de nos ancêtres libérateurs ne doit être qu'un cauchemar. Ce rêve ne doit pas se réaliser. Pour cela, il est important pour eux de porter le monde entier et surtout de nous porter à détester et à mépriser ceux qui, en Haïti, se sont permis de réussir. Même sans le fouet, ces gens essaient de nous détruire en détruisant tous ceux qui sur place pourraient nous servir de modèles.
Nous sommes pauvres dans notre grande majorité parce que les puissances esclavagistes nous ont appris à haïr le travail en Haïti, à haïr la discipline en Haïti, et à haïr nos frères en Haïti.
Chers Amis, n'écoutons pas les susurrements lugubres et perfides de ces serpents "qui sifflent sur nos têtes". Et surtout, ne propageons pas leur venin.
Disons non au Nivellement par le Bas. Si un Neg d'Haïti peut réussir, tous les Neg d'Haïti peuvent en faire autant. "Haïti" ne rime pas forcément avec "piti" et "haïtien" ne doit absolument pas être l'illustration de "faim".
Merci pour votre attention.
Patriotiquement vôtre,
Lesly Alphonse




